Un an plus loin…

Drôle de chemin depuis septembre 2010 !

Les premiers mois en meublé, seule avec mon fils, se sont bien passés. J’ai retrouvé notre complicité, le dialogue est revenu.

45m2 pour deux, c’est exigu. Après avoir passé quelques jours chez mon ami, en période de Noël, Antoine a demandé y retourner vivre. Il avait remarqué que mon compagnon renonçait à participer à son éducation mais surtout qu’ il pouvait avoir une connexion au net plus facile pour jouer en ligne !

Face à cet apaisement nous avons espéré avancer plus loin : nous avons acheté une petite maison, nous nous sommes pacsés. Antoine s’est montré étranger à notre projet. Lors de notre déménagement, en juin, il a décidé être en vacances et faire ce qu’il voulait, malgré notre avis. Nous avons un peu lâché la bride, occupés par les travaux d’aménagement.

Une fois installés, nous avons rétabli les règles de vie commune, règles qu’Antoine a refusé de respecter : “laissez-moi vivre ma vie” ! Il vivait la nuit, jouant bruyamment sur ses jeux en ligne, fumait dans sa chambre, dormait le jour.

C’est à cette même période que son père s’est trouvé hospitalisé, dans un état sérieux. Il nous a quitté le 5 juillet. C’est malheureusement le lendemain que mon compagnon, excédé par le bruit trop fréquent, a décidé de couper le net la nuit. Antoine a explosé de colère,  détruisant un mur de sa chambre et  frappant violemment mon ami qui s’interposait. Nous l’avons mis dehors, effrayés par sa folie destructrice. Il a brisé mon pare brise avec une pierre et disparu dans la nuit.

Le lendemain nous devions lui et moi prendre l’avion pour l’enterrement de son père. Il m’a rejoint à l’aéroport 5minutes avant l’embarquement… Les jours qui ont suivi ont été douloureux mais ont permis à notre famille de se retrouver. L’épisode a été occulté.

A notre retour, mon ami a refusé qu’Antoine revienne vivre à la maison. Sérieusement blessé avec 10 jours d’ITT, il avait porté plainte pour agression. Le juge et l’éducateur étaient prévenus, mon fils a été placé en famille d’accueil.

Je me suis sentie perdue, pensant qu’il fallait les séparer, mais aussi malheureuse de ne plus voir mon fils. Ma famille, sur le continent, prenant parti pour Antoine, a désigné mon compagnon comme seul responsable et a décidé ne plus  nous recevoir. Nous devions passer nos vacances chez mes parents, ils n’ont reçu que mon fils.

Ma fille aînée a quand même accepté m’accueillir, pour  son fils. J’y suis restée 10 jours, dans un climat un peu tendu mais j’ai pu profiter de mon petit-fils.

Depuis, après l’été sur le continent, Antoine a repris le chemin du lycée, interne la semaine, en famille d’accueil le week-end.

Devant mon désarroi, mon compagnon a retiré sa plainte et accepté qu’Antoine revienne ponctuellement. Antoine s’y est d’abord refusé, ne me répondant pas au téléphone, puis, voyant qu’il ne disposait pas de la liberté escomptée dans sa famille d’accueil, il a demandé à venir dormir à la maison de temps en temps. Je suis heureuse de le voir mais stressée par sa violence possible.

Que nous réserve l’avenir ? Voilà trois ans que je demande un soutien pour aider mon fils à gérer ses colères. Un éducateur a été désigné, je l’ai à peine vu. Ma famille prétend que le problème vient de mon compagnon. Depuis qu’Antoine a de meilleurs résultats scolaires, il parait que tout va bien. Une autre équipe éducative doit prendre le relais, suite au placement. J’attends.

En juin 2012 ce seront les examens du CAP,  Antoine a prévu de continuer ensuite  à Besançon, près de ses sœurs.

Majeur en décembre, que fera-t-il jusqu’à juin ? Mon ami refusera qu’il revienne à la maison.

Je n’ai pas fini d’être inquiète… D’ailleurs ma mâchoire, crispée par le stress et douloureuse, m’empêche de dormir… On me demande de choisir entre mon compagnon et mon fils… Je rêve  de paix et d’équilibre pour tous…

Retour vers le bleu

Après quelques jours passés entre le vert et gris de l’est, me voilà rentrée.

J’ai survolé la Corse le sourire aux lèvres, mais en atterrissant je me suis sentie étrangère. J’avais le blues, celui de mon petit-fils, cet enfant adorable, ressemblant tellement à ma fille… Il existe une fibre grand-maternelle ? En tous cas je suis triste, comme une prisonnière  sur une île. quand le reverrai-je ? Dans quelques mois ? Il aura bien changé…

J’ai trouvé ma fille épanouie, heureuse maman. Elle m’a accueillie sereinement. Enfin nous nous retrouvons ?

J’y ai également croisé mon fils qui revenait de colonie. Un éclat de bonheur illuminait son regard. Sa vie est là-bas, je sais comme il déteste la Corse, si loin de ses racines…

Hier son regard était éteint en descendant de l’avion. Encore deux ans avant sa majorité… Il ne supporte plus mon compagnon. Il est vite parti retrouver quelques amis, rentrant au milieu de la nuit. Cette nouvelle année  s’annonce difficile.

Nous préparons la rentrée par quelques emplettes. Il lui faut maintenant trouver ses marques dans son nouveau lycée.

Et dans quinze jours nous déménageons, juste lui et moi… Notre dernière chance de nous retrouver. Espérance !

Tiens, y’a de la lumière…

Il y a longtemps que je n’étais passée par ici… La vie s’écoule au rythme corse, celui de la nature et du soleil.

Mon binôme de vie va mieux après son accident de plongée, même s’il est encore convalescent. Nos projets, comme celui-ci : http://epave-ouest-giraglia2.blogspot.com/ sont retardés mais ce n’est que partie remise.

Mon fils est  sur le continent pour les vacances. A la rentrée nous entamons une année de vie à deux, juste lui et moi, comme une dernière chance. Mon compagnon devra être patient…

J’ai renoué avec la plongée  dans un groupe bien sympathique. J’apprends à plonger avec d’autres binômes, c’est formateur.

Dans quelques jours je partirai à la rencontre de mon petit-fils, du bonheur en perspective ! De quoi se réconcilier avec la vie ?

Un demi-siècle

Bientôt 50 ans, un chiffre rond… L’occasion d’un bilan de vie.

Je n’ai pas vu le temps passer, l’euphorie, le bonheur de la vingtaine, la naissance des enfants, l’accomplissement d’un métier enrichissant… Jusque la quarantaine. Depuis j’ai l’impression d’avoir vécu plusieurs vies.

Un accident a changé le cours des choses établies. Je me suis trouvée accompagnatrice, mais aussi actrice, volontairement parce que ça tombait sous le sens. Je ne regrette pas mon investissement, même si j’y ai perdu beaucoup.

Nos enfants ne nous appartiennent pas, je regarde les miens vivre, avec leur propre douleur, pas si différente de la mienne. Ils ont perdu un père, j’ai perdu un compagnon de route.

J’ai aujourd’hui un nouveau compagnon. Sa rencontre présageait un nouveau bonheur. Pourtant tout s’est accéléré : l’incompréhension, le refus des enfants, leur éloignement, une nouvelle vie à construire dans la difficulté. Mon ami a quitté sa précédente vie pour reconstruire avec moi. J’ai abandonné mon métier, laissé s’éloigner mes enfants, quitté le continent pour une île.

Il est mon double, fait de la même fibre, mais en réalité je ne le connais pas. Comment démarrer une vie commune en faisant abstraction de nos passés respectifs ? C’est ce qu’il prétend faire. Mais j’ai le sentiment de marcher à côté, de le regarder vivre. Notre amour de l’Art nous réunissait au départ. En renouant avec la plongée, sa passion de la vie sous-marine a ressurgi au détriment du reste. J’ai toujours eu peur de l’eau, même si aujourd’hui je plonge, pour lui plaire. Il est exclusif, entier, comme je le suis. L’Art n’a plus sa place désormais. Je m’ennuie.

Je m’investis ailleurs, dans le bénévolat, nos chemins commencent à diverger. J’en souffre, il pense que c’est la ménopause qui travaille… Il ne voit pas qu’il me perd, petit à petit.

Dur bilan. Ma famille est à l’autre bout de la France, j’ai un petit-fils que je ne vois pas grandir, mon fils, placé en foyer éducatif, s’est mis volontairement en échec scolaire. Qui a dit que la vie était plus belle au soleil ?

Au moment où je remets notre couple en question, voilà que mon compagnon est victime d’un accident de plongée, sérieux, avec peut-être un handicap au bout… Serait-ce mon destin ?

Je suis fatiguée.

Jouez hautbois, résonnez trompettes !

Eliott est né… Hier j’avais vingt ans, aujourd’hui je suis une Minnà… (mamie en corse)

Nos enfants nous poussent !

Entre liberté et amertume

Presque trois ans de procédure et le jugement est tombé : je suis libre ! Comme si toutes ces années n’avaient pas existé, comme si j’avais de nouveau 20 ans, prête à me lancer dans la vie, celle que nous avons choisie…

Mais aussi amère de lire les conclusions du juge, la justice n’a rien d’humain… Que devient la souffrance, celle qui a détruit ma famille ?  Que faire  de ce passé bien présent ?

Le jugement est tombé, je suis devenue une étrangère. Au diable les tracas ! Demain nous appartient.

Chaud et froid

Tu n’es pas venu ce week-end… Pourtant tu voulais rentrer, le précédent s’était bien passé. Quel bonheur que de te revoir sourire !

On t’attendait vendredi soir, nous avions annulé tous nos projets pour t’accueillir. Un texto… Tu dis préférer voir tes copains plutôt que d’être avec nous, même si pour cela tu dois rester en foyer.

Le chemin est encore long vers la sérénité…

D’hier à demain

Lors de l’inauguration de l’exposition « 50 ans de recherche archéologique en Corse » j’ai découvert qu’il existait 6 600 sites connus sur le territoire corse, de la préhistoire au moyen-âge… Tu as du travail sur la planche !

Le Laboratoire régional d’archéologie sera à la Fête de la Science du 19 au 21 novembre, au Palais des Congrès d’Ajaccio.

« 50 ans de recherche archéologique en Corse ».

Exposition à la DRAC de Corse, villa San Lazaro, 1, chemin de la Pietrina – 20181 Ajaccio

http://www.corsematin.com/ra/corse-du-sud/223435/ajaccio-50-ans-de-recherche-archeologique-en-corse?utm_source=rss&utm_medium=feed&xtor=RSS-320

Bonheur fragile

Pourquoi se bouder, pourquoi se faire la guerre ainsi ? A ce petit jeu nous allons détruire notre bonheur si fragile… Pas facile de reconstruire à notre âge,  où nos chemins de vie, à la fois différents et parallèles, se sont croisés et rejoints. Impossible de défaire ce qui a été vécu. Il faut travailler pour garder ce nouveau cap, nos vies ne demandent qu’à repartir dans les ornières… La vie, le bonheur, s’apprennent et se construisent  jour après  jour. Rien n’est jamais acquis, n’es-tu pas le premier à le dire ?

Emotion musicale

photo ajaccio.fr

Dans le cadre des Rencontres Musicales de Méditerranée plus de deux cents élèves de neuf conservatoires de musique européens sont venus en Corse pour partager leur Art avec les jeunes scolaires. De quoi provoquer de belles vocations…
Ces élèves ont également donné des concerts au public. Nous avons eu le bonheur d’écouter deux classes émérites du conservatoire de Milan. Cette prestigieuse école, d’où sortent les meilleurs musiciens au monde, a été créée par Napoléon Bonaparte en 1808. Il était donc normal qu’elle vienne présenter ses nouveaux talents à Ajaccio.
Le concert a eu lieu en l’église Saint Erasme, qui, avec ses maquettes de bateaux, vaut à elle seule le déplacement.
Les deux classes, l’une d’instruments à vent et l’autre d’instruments à cordes, nous ont ravis avec un répertoire allant de Verdi à Gounod.
Le jeune ensemble d’instruments à vent s’est offert le luxe de jouer sans chef d’orchestre, dans un accord parfait.

Nous sommes rentrés enchantés dans la douceur de la nuit ajaccienne…

Séparation

L’éducateur est venu te chercher… Tu es parti, mais dans quelles conditions !

Les derniers jours j’avais constamment peur, peur de ce que tu allais casser, des insultes, des coups possibles… Suis-je si mauvaise mère pour déclencher tant de haine ? Tes sœurs avaient attendu leurs 18 ans pour partir, avec la même colère, avec plus ou moins de réussite. Toi tu n’as pas 16 ans !

Le juge vous donne des circonstances atténuantes : absence du père, déracinement, souffrance… C’est vrai. Cela excuse-t-il l’agressivité, les insultes ? Je ne suis pas responsable de l’accident, mais j’étais là, seule face à votre détresse, perdue dans ma propre détresse.

J’ai certainement ma part de responsabilité, mais que penser de l’entourage qui vous couve depuis l’enfance ? Comment faire de vous des adultes si on vous cantonne dans le rôle de l’enfant ? Non tout ne vous est pas permis, la vie ne s’offre pas sur un plateau, elle se gagne, elle se mérite, vous devez l’apprendre par vous même. Je sais combien c’est difficile et je me sens tellement impuissante…

Aujourd’hui tu n’es pas là et tu me manques. Tu pensais trouver plus de libertés, mais je te sais sous surveillance. Comment réagis-tu ? Pas de nouvelles…

Notre séparation m’est douloureuse pourtant je la sais nécessaire. C’est notre dernière chance…

Métro

Elle descend du train en gare de l’Est après quatre heures de voyage, les jambes ankylosées. Heureusement un livre lui tenait compagnie.

Métro direction Montparnasse, elle croise la foule qui s’active. Où vont-ils ? Ils rentrent chez eux pour le week-end ? Ils partent en voyage ? Paradoxalement elle vient chercher à Paris un peu de paix…

Ballottée par le mouvement des voitures sur les rails, elle plonge dans ses pensées, rythmées par l’ouverture des portes. En fin de journée cette ligne est très fréquentée.

Le livre qu’elle vient de terminer parle des évènements de mai 68. Elle avait huit ans, son seul souvenir est la fierté de son père d’avoir tenu un mois de grève. Il n’y avait pas grand-chose à manger… Que sont-ils devenus, ces étudiants révolutionnaires ? La plupart sont des bobos, le cœur à gauche et le portefeuille à droite. Ont-ils gardé leurs idéaux ? Le métro est le lien vers l’ami qui lui a offert ce livre. Il était étudiant à Nanterre lors de ces évènements, il en est fier. Lui-même travaille dans le monde de la finance et n’attache pas d’importance à l’argent. Il possède l’élégance de l’âme. Il l’invite gracieusement, pour le plaisir de partager une exposition, au Luxembourg, à Orsay, chez Rodin… Cela la gêne, elle vient toujours avec un petit cadeau.

Il a choisi d’habiter Saint-Germain. Elle vient parfois en semaine, il lui laisse les clés, elle arpente les rues à contre-courant de la foule. Elle commence à connaître ce quartier qu’elle aime : Saint-Sulpice, son marché couvert, le jardin du Luxembourg, la rue du Bac, rue Bonaparte, la rue de Seine et ses galeries d’Art…

Perdue dans ses pensées, elle a raté l’arrêt Saint-Sulpice. Pas envie ce soir de revenir à pied depuis Montparnasse. Parfois elle descend au café Cassette. Elle se souvient avec nostalgie des vieux fauteuils rouges où ils prenaient un café-croissant avant d’aller au Luxembourg, le dimanche. Aujourd’hui rénové, il n’a plus son âme de vieux café parisien… Tout y est moderne mais il reste agréable d’y déjeuner.

Les portes du métro s’ouvrent dans un claquement, elle sort dans la rue de Rennes. Il fait nuit, tout est illuminé, il y a encore du monde et du bruit.

Dimanche le quartier sera à eux, vide de cette effervescence…

Castellu d’Araghju

La Corse est à la fois petite et grande. La distance entre deux points semble courte sur la carte, mais c’est en temps qu’il faut compter. Nous avions prévu deux à trois heures pour joindre Ajaccio à Lecci, située au nord de Porto-Vecchio, où nous attendait une conférence sur l’archéologie sous-marine.

Chaque déplacement est un ravissement : il y a toujours un endroit pour profiter du paysage ou un site à visiter. Ce jour là nous avions prévu une halte sur le site préhistorique du Castellu d’Araghju.

Après avoir quitté Ajaccio et ses embouteillages nous avons traversé l’Alta Rocca où la fraicheur automnale commence à s’installer.

Alta Rocca

Un triste spectacle nous attendait plus loin, sur la route d’Aullène : la terre brûlée s’étend sur des milliers d’hectares… Le cœur serré, il nous a fallu plus de quinze minutes pour traverser cette zone sinistrée. Vingt ans seront nécessaires pour que tout repousse. Seuls quelques arbustes et des fougères reprennent vie depuis les incendies de cet été. Une catastrophe que nous n’avons pas eu le courage de photographier…

Après Zonza on descend côté oriental. Le Castellu d’Araghju est situé sur le territoire de San Gavino di Carbini. Le village s’étend sur 40 km, du haut de Levie jusqu’au bord de mer. Le site archéologique se mérite : il faut grimper un chemin raide et rocheux, taillé dans le maquis. D’entrée un panneau nous invite à la pause, comme pour nous préparer à l’effort.

Pause corse

Mais la grimpette en vaut la peine, le site est superbe,  mieux que Cucuruzzu. Depuis le sommet le regard parcourt la région, de l’Alta Rocca à Porto-Vecchio, avec la Sardaigne à l’horizon. Nous ne regrettons pas le déplacement, même si nous sommes partis sans déjeuner. Les arbousiers nous ont permis de nous sustenter en chemin.

              

C’est juste à l’heure que nous sommes arrivés pour la conférence, au demeurant fort intéressante : Michel L’Hour, directeur du DRASSM, est venu est personne exposer ses recherches sur le naufrage de Lapérouse. Ce fut pour lui l’occasion de nous confirmer son intérêt pour l’archéologie sous-marine en Corse. De belles plongées en perspective…

Vie parallèle

Un mois après leur première rencontre ils se retrouvèrent dans sa petite ville de province, avec le même bonheur. Elle l’emmena visiter Strasbourg sous la lumière hivernale.

Ensemble ils vivaient dans un autre espace temps, partageant le plaisir de la découverte. Ils entraient dans un rêve éveillé, semblables à deux adolescents qui s’apprennent, le cœur ouvert, sans tabous ni secrets, avec émerveillement, comme si leur vie commençait. Ils retournaient ensuite à leurs quotidiens respectifs, prolongeant leurs émotions au téléphone ou sur le net, dans l’attente de la rencontre suivante. Elle lui attribuait l’élégance de l’âme, il lui reconnaissait l’intelligence du cœur.

Un week-end par mois elle le rejoignait à Paris où ils vivaient en marge, se laissant guider par la faim, le sommeil, par leur goût de l’Art. Il y avait toujours un concert, une exposition à visiter, ainsi que son quartier à explorer, de Saint Sulpice à Orsay, avec un détour par la place des Vosges, le Palais Royal… Deux semaines par an, ou lorsqu’un week-end prolongé s’offrait à eux, ils partaient loin de Paris. C’est ainsi qu’ils découvrirent Rome, Florence, Lisbonne, Vienne, Séville, Athènes… Elle rentrait avec du soleil plein les yeux, il était heureux de vivre ces moments avec elle.

Ponte Vecchio

Florence, Ponte Vecchio

Ils respiraient cet amour en égoïstes, à l’abri des regards, comme s’il n’existait que dans leurs rêves, au secret de leurs êtres. Elle supportait un quotidien douloureux et ses escapades parisiennes lui permettaient de se ressourcer, d’illuminer son existence. Lui avait choisi la solitude comme espace de liberté. Elle était ses vacances, le piment de sa vie mais il refusait qu’elle investisse son ordinaire. Il partageait avec elle des émotions nouvelles puis retournait à sa vie parisienne. Elle savait cet amour pour la liberté plus fort que le sien, cette vie entre parenthèses trop éloignée de la réalité. Il ne lui avait pas caché ses précédentes aventures où il avait laissé l’aimée plutôt que de se sentir envahi. Lucide elle profitait de ces moments heureux, elle l’aimait et l’acceptait tel qu’il était. Vouloir le changer serait le perdre définitivement.

Au bout de deux belles années elle fut amenée à déménager à une heure de Paris. Il ressentit ce rapprochement comme une menace pour sa liberté chérie. Il espaça leurs rencontres, fut moins présent au téléphone. Elle avait déjà beaucoup enduré par le passé, il ne voulait pas la faire souffrir à son tour, préférant qu’elle s’éloigne plutôt que de rompre. Elle comprit, connaissant son attachement à l’indépendance.

Pendant deux autres années ils continuèrent de voyager ensemble, chacun conscient de l’émoussement de leurs sentiments. L’amour laissa place à la tendresse. Pensant qu’elle méritait mieux, il l’incita à sortir, à s’ouvrir au monde. C’est ainsi qu’elle croisa un être de la même fibre qu’elle. Cet homme, dès le premier regard, reconnut son alter ego. Elle fut troublée, ressentant également cet amour naturel et spontané. Ce n’est pas le meilleur de la vie qu’il voulait partager avec elle, mais toute la vie, y compris le quotidien. C’était nouveau pour elle, un peu inquiétant même. Mais à chaque entrevue elle l’aimait un peu plus. Quelques mois après ils ne pouvaient plus se séparer.

Son ami parisien, heureux de cette rencontre et désirant préserver leur amitié, lui proposa un dernier voyage. Aujourd’hui il vit toujours seul, découvrant le monde avec de nouvelles amies, donnant de ses nouvelles de temps à autres.

Quant à elle, elle est heureuse avec l’homme qui partage ses jours depuis maintenant cinq années…

Petite histoire virtuelle

Elle le rencontra au hasard du net : son pseudonyme lui rappelait un ami. Ils discutèrent de longues heures sur la toile, magie des mots, magie du net, elle s’est confiée simplement, sans secrets. Leurs sensibilités étaient si proches que c’était facile. Un doux sentiment s’installa entre eux, sans qu’ils se connaissent physiquement, seuls les mots, les sensations comptaient.  A le lire, une douce chaleur l’envahissait.

Ils se sont  retrouvés au téléphone pour prolonger le dialogue. Sa voix la laissait dans le même état de bien-être chaleureux. Il fallait qu’ils se rencontrent ! Elle ne le connaissait pas, il avait l’avantage d’avoir sa photo. Allaient-ils retrouver la magie en passant du virtuel à la réalité ? Un risque à prendre, ils n’étaient pas inquiets. Au pire ils resteraient bons amis, au mieux…

Il lui réserva une chambre d’hôtel dans son quartier parisien. Ils avaient pour projet de visiter ensemble le Musée d’Orsay, ce dont elle rêvait depuis longtemps. Il faut dire que leur intérêt commun tournait autour des arts graphiques.

Elle le rejoignit un mercredi de février. Il travaillait tard, elle se rendit donc directement à l’hôtel. Sensation bizarre d’aller vers l’inconnu. Mais que faisait-elle donc là ? Elle prit soigneusement le temps de se préparer  pour lui faire honneur. Elle hésita : aurait-il apprécié des dessous sexy ? Elle préféra attendre de mieux le connaître. Elle avait au moins la robe noire dont il avait parlé.

Lorsqu’il téléphona pour la prévenir de son retard, il sembla impatient. Avec l’avantage de connaître son heure d’arrivée, elle le guetta à la fenêtre. Quand il arriva, elle le reconnut. Il passa la main dans ses cheveux d’une manière attendrissante. Elle sut à ce moment, s’il en était besoin, qu’il la ferait fondre… Ils avaient pensé se retrouver dans le noir, découvrir leurs visages comme l’auraient fait des enfants jouant à colin-maillard. Nul besoin, elle était sereine.

La réceptionniste l’annonça, elle lui ouvrit dans la lumière. Formalités de politesse. Il mit dans sa poche, sans l’ouvrir, le cadeau qu’elle avait apporté. Lorsqu’il l’aida, en homme galant, à enfiler son manteau, elle réalisa que s’il l’avait embrassée à ce moment, c’eût été naturel. Ils descendirent dans le froid de février. Il chantonnait. Sans s’en apercevoir, dit-il plus tard. Errance à travers Paris, elle ne voyait rien, elle était bien.

LArbuci

L'Arbuci

Ils se sont assis à une table de l’Arbuci, mangeant des fruits de mer avec les doigts tout en discutant. De quoi ont-ils parlé ? Elle ne gardait que le souvenir de leur fébrilité.

En sortant, leurs mains se touchèrent innocemment lorsqu’il lui prit le bras. Elle enleva son gant pour mieux sentir sa main, il ne s’en aperçut pas. Elle frissonna, il pensait que c’était de froid. Ils s’arrêtèrent devant les péniches des sauveteurs, sur les quais de Seine. Ses bras l’ont entourée, pour la réchauffer, simplement.

Ils ont marché une bonne partie de la nuit, tout en parlant. Il avait le pouvoir de lui délier la langue, elle pourtant si introvertie ! Il l’écoutait, sans mot dire ou presque. Leurs pas les conduisirent au coin de sa rue. Il pensait la ramener à son hôtel. Elle voulait découvrir son home.

 Ils s’installèrent sur le canapé. Elle tremblait comme une feuille depuis qu’il l’avait touchée. Réaction épidermique de bien-être, manière de ronronner comme les chats ? Elle avait besoin de le sentir le plus proche possible. Il aurait voulu attendre : “Pas le premier soir”, dit-il, gêné, en dégrafant la petite robe noire… Cette nuit-là, ils ne dormirent pas.

Le matin elle fut servie comme une reine : petit-déjeuner au lit. Il fit couler un bain. Ses mains la lavèrent avec une infinie tendresse. Quand il la touchait, elle avait le sentiment d’être une œuvre d’art qu’il créait, comme une sculpture. Elle, d’habitude si pudique, se promenait nue avec le plaisir de ses yeux sur elle. Elle aurait aimé porter ses mains comme vêtements !

Il l’habilla de sa robe noire, et elle rentra à l’hôtel récupérer de sa nuit blanche. Il lui laissa le temps de se reposer et ils allèrent au Musée d’Orsay, comme prévu. Il chantonnait toujours le même air, celui de la veille, sans s’en apercevoir. Réaction « musicale » de bien-être ? Ils marchaient bras dessus, bras dessous. Il lui donnait, en sautillant, des coups de hanches ! Ils étaient heureux comme des enfants, malgré leurs cinquante ans.

 A Orsay, même bonheur. Celui du plaisir des yeux, de l’émotion suscitée par la magie du lieu, du partage du moment. Il ne la lâchait pas d’un doigt, elle sentait un frisson parcourir sa colonne vertébrale, à chaque instant, aux yeux de tous. Elle était délicieusement abandonnée. Fusion totale : physique et émotionnelle. Regarder avec les mêmes yeux, ressentir avec la même peau. Osmose constante. Etat étrange, rare, supérieur. Elle savait qu’il faisait partie d’elle… qu’elle l’aimait ! Trop d’émotion, pas de mots pour l’exprimer… En fait, à ce moment-là elle ne savait rien du tout. Elle était sous l’effet de surprise, sans vraiment analyser. Etat de bien-être, sans savoir l’expliquer…

Musée dOrsay

Musée d'Orsay

En sortant du Musée, ils ont continué à errer dans le froid. Lui seul savait où ils allaient. Elle parlait, comme si elle en avait été privée toute sa vie… Il l’écoutait, mais disait peu de lui. Elle le découvrit doucement, à l’occasion de leurs rencontres encore à venir. Elle avait beaucoup à apprendre alors qu’il savait déjà tout d’elle.

Quartier Opéra-Bastille, tapas… Elle resta jusqu’au dimanche. Ils vivaient hors du temps, entre promenades au hasard, moules chez Léon, siestes prolongées, bains câlins, sushis… Bouillon de vermicelles, bicarbonate de soude… L’émotion concentrée dans ces quelques jours dut provoquer son état digestif. Réaction physique au stress accumulé et déchargé brutalement ? Les huîtres de l’Arbuci ? Allez savoir…

Le dimanche matin, il avait neigé sur Paris. Un groupe de jeunes catholiques chahutait sur le trottoir d’en face, se lançant des boules de neige. Promenade feutrée au jardin du Luxembourg où se donnait un cours de tai chi sur le sol immaculé… Magie du parc, silencieux, irréel sous la neige.

Jardins du Luxembourg

Jardins du Luxembourg

Elle partait avec un souvenir merveilleux de Paris… Et lui, il avait envahi son cœur. Dure séparation, conduite avec la fatigue accumulée, tempête de neige sur la route…

Elle reprit le cours de sa vie avec le désir de renouveler ces moments heureux. Avait-elle rêvé ? Elle su plus tard que non…

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